Le quoi de neuf

 

C’est un temps de parole au cours duquel, deux matins par semaine, en arrivant,  l’élève peut dire à la classe ce qu’il a envie de lui faire partager. Le contenu, la forme de ce moment, dépendent directement des intentions qu’on a lorsqu’on le met en place.

 

Les miennes sont les suivantes :

·         Permettre à l’enfant de déposer ce qu’il a en lui, ce qui vient de la maison, ce qui éventuellement prend trop de place dans s on esprit. Ainsi, il sera plus disponible pour entrer dans les activités scolaires. C’est une transition entre l’école et la maison. Cela remplace le petit café partagé le matin par les adultes au bureau, en se racontant le dernier film qu’on a vu ou les soucis qu’on a à la maison.

·         Donner aux élèves une vraie situation orale, qui leur permet de progresser et de développer leurs compétences langagières. Les échanges entre eux, sans intervention de l’adulte, génèrent de vraies questions, des discours de plus en plus élaborés, des reformulations, une recherche de plus en plus fine de l’expression adaptée. D’autre part, l’élève anticipe son discours ; il a réfléchi auparavant à ce qu’il va dire, et à comment il va le dire.

·         Mettre en place des situations de communication vraie, au cours de laquelle l’élève s’adresse à la classe parce qu’il a réellement quelque chose à lui dire. Ce n’est pas une situation factice. C’est la vraie vie, le monde qui pénètre à l’intérieur de l’école. On parle de choses qui existent. L’école n’est pas un monde à part. Et l’enfant fait des liens, il perçoit que l’école a sa place dans la vie, et par conséquent que les apprentissages de l’école ont un lien avec ce qui se passe au-dehors.

 

A la lumière de ce que je viens d’expliquer, voici comment je le mets en place :

·         En entrant en classe le matin, les élèves qui le souhaitent vont s’inscrire sur un tableau à double-entrée avec, en abscisse, les prénoms des élèves, et en ordonnée, les jours de la semaine. C’est le même tableau qui reste pendant un mois. Ils cochent la case correspondante. Je ne les sollicite jamais, je ne m’en occupe pas. Les enfants qui n’y parviennent pas demandent de l’aide à d’autres. Cela peut aussi être un parent qui aide l’enfant à s’inscrire. Cela ne prend pas de temps, puisque l’inscription a lieu en même temps que l’installation.

·         Je dis bonjour à la classe, puis l’élève responsable du quoi de neuf (un responsable est volontaire pour une semaine) prend la parole. Quant à moi, je suis en retrait. Le responsable dit « Quoi de neuf ? » puis consulte le tableau. Il donne la parole aux enfants inscrits en regardant le tableau à double-entrée.

·         Quand tous les élèves inscrits se sont exprimés, il dit : « Le quoi de neuf est terminé ». Et nous commençons les activités scolaires.

 

Un certain nombre de règles ont été mises en place pour que ce moment réponde aux objectifs que je me suis fixé :

 

·         Lorsqu’un enfant inscrit pour parler a dit ce qu’il voulait faire partager à la classe, les autres élèves peuvent lever le doigt pour réagir, poser des questions, faire reformuler, affiner le discours… C’est l’élève inscrit, à ce moment-là, qui donne la parole à un de ceux qui lèvent le doigt, et répond à sa demande si nécessaire. C’est là que se jouent les compétences langagières que je veux faire émerger chez les élèves.

·         Je peux moi aussi m’inscrire au quoi de neuf. Je le fais de temps en temps. Cela est destiné à montrer que l’école fait partie de la vraie vie. Je suis l’enseignante, mais je suis aussi un être humain, et j’ai une vie en-dehors de l’école. Cela montre aussi aux élèves que ce qu’ils disent est important, puisque moi aussi je peux raconter des choses qui m’intéressent.

·         Quand on a la parole, on ne peut parler que d’une seule chose. Cela évite la dispersion du discours. D’autre part, cela permet au quoi de neuf de durer moins de dix minutes. Dans le cas contraire, on pourrait y passer bien plus longtemps.

·         Pendant ce moment, je peux à loisir observer les élèves, puisque je ne suis pas actrice. Je profite donc de ce précieux moment pour remplir ma grille de communication orale : elle contient des épreuves qui font l’objet d’une observation continue. Voici les items que je peux facilement observer au cours du quoi de neuf :

-          Ecouter celui qui parle

-          Parler à la classe

-          Donner son opinion

-          Faire part d’un désaccord

-          Dire seul un poème (Certains enfants aiment dire un poème au quoi de neuf.)

-          Se souvenir de ce qu’on voulait dire

-          Intervenir sans crayon ni chewing-gum dans la bouche

-          Parler sans mettre la main devant la bouche

-          Parler assez fort pour être entendu

-          Les autres comprennent ce que je dis

 

Comme on le voit, je ne sélectionne pas ce qui est important pour la classe et ce qui ne l’est pas. Je refuse de privilégier pour le quoi de neuf ce qui pourrait prétendre faire appel à la culture, comme par exemple : raconter qu’on est allé au musée ou au concert, apporter des photos du dernier voyage en Chine, montrer à la classe un fossile…

Mon objectif n’est pas de mettre en place un moment où chacun chercherait l’objet à monter ou l’événement à raconter qui correspond aux attentes de la maîtresse. Je veux que les élèves aient le souci de s’adresser à la classe, et pas exclusivement à moi.

Et si le fait qu’ils ont perdu une dent passionne toute la classe parce que cela fait référence à ce qu’ils connaissent, ou parce que c’est raconté de manière humoristique ou mystérieuse, je pense que cet événement a sa place au quoi de neuf. Et ce n’est pas du temps perdu.

En participant au quoi de neuf, l’élève prend sa place dans le collectif qu’est la classe, il amène de sa vie quelque chose qui va le rendre intéressant aux yeux des autres. Les enfants et moi finissons par mieux nous connaître. L’enfant n’est pas vu par le collectif uniquement dans son rôle d’élève, il est une personne à part entière au sein de la classe.

Corinne Famelart