La présentation de la journée

Chaque matin, le déroulement de la journée est écrit au tableau, avec les horaires.

L’organisation

Parmi les rituels du début de la journée, après l’indication de la date du jour, un élève lit le déroulement de la journée, écrit par moi au tableau avant l’arrivée des enfants. L’enfant est choisi sur la base du volontariat. Mais, pour que chacun ait à son tour la possibilité de lire ce déroulement, je dispose d’un document papier sur lequel j’écris chaque jour qui est passé. Au fur et à mesure que l’élève lit, j’explique si nécessaire les détails de l’activité. Par exemple, s’il lit « mathématiques », je précise que les CP-CE1 vont travailler la technique opératoire de l’addition avec moi, pendant que les grandes sections travailleront en autonomie sur de petites additions. A la fin de cette lecture, je demande s’il y a des questions, des commentaires à propos de cette journée : certains élèves demandent des précisions, me rappellent quelque chose que j’ai oublié d’indiquer, apportent des informations supplémentaires dont ils ont connaissance…

Ecrire au tableau le déroulement de la journée est une pratique courante dans les classes. Pour ma part, j’y apporte un intérêt tout particulier.

Une journée préparée ensemble

C’est avant tout un dispositif qui contribue à rendre les élèves acteurs du fonctionnement de la classe. Ils sont informés de ce qui va se passer. Cela évite les situations où l’on demande aux élèves de sortir leur cahier de lecture sans qu’ils sachent pourquoi, et ce qu’ils vont faire. Ils ont un réel pouvoir sur le déroulement de la journée. Ils se sentent responsables de ce qui se passe. J’observe chaque jour combien leurs questions et leurs commentaires sont pertinents. En général, leurs interventions contribuent à organiser finement la journée, à préciser ce qui ne l’est pas. Je suis la personne qui prépare la journée de travail ; ils sont les participants qui la font évoluer positivement si nécessaire. Cette journée, préparée par moi, devient la leur. Ils se l’approprient et sont partenaires de son bon déroulement. Je garde mon rôle de garante du cadre et des apprentissages ; leurs interventions ne font qu’améliorer le dispositif.

Débuter dans la lecture

D’autre part, c’est un des moyens par lesquels l’élève qui apprend à lire commence à prendre du pouvoir sur cet acte. Dans l’écriture du déroulement de la journée, certains mots reviennent régulièrement. Il y a cependant des modifications, dans l’horaire, dans le contenu. L’enfant désigné pour lire doit le faire intelligemment : il retrouve des mots qu’il connaît, il en découvre d’autres, il prend des indices à partir de ce qu’il sait. C’est un véritable acte de lecture qui a du sens. L’enfant veille à ne pas faire d’erreur, et les autres sont suspendus à ses lèvres, car ils tiennent à savoir ce qu’ils vont faire dans la journée. Si celui qui lit n’y arrive pas, ou se trompe, il sollicite l’aide des autres afin de rendre compte précisément de ce qui est écrit. En début d’année, seuls les lecteurs confirmés se proposent pour lire le déroulement. Puis, peu à peu, le temps passant, de plus en plus d’élèves osent essayer, même s’ils ne sont pas lecteurs. Ils savent qu’ils pourront se faire aider et qu’il n’y a pas de risque. Au contraire, celui qui tente, même s’il ne réussit pas complètement, est très souvent applaudi à la fin.

Il n’y a que de l’écrit alors que, dans une classe de ce type, de nombreux élèves sont non lecteurs. Pourtant, chacun s’y réfère à sa façon. C’est, comme dans bien d’autres situations, un des moyens de montrer aux élèves l’importance de l’écrit. La facilité serait de trouver, comme avec les jeunes élèves de maternelle, un codage (dessin ou pictogramme) pour chaque activité. Mais je m’y refuse. Le cycle deux est la classe de la lecture. On y rencontre de nombreux écrits utilitaires, et on apprend peu à peu à s’en servir et à s’y référer. Si c’est trop difficile, l’aide des autres enfants peut toujours être sollicitée.

Tout récemment, les élèves ont proposé en conseil de coopérative que le fait de lire le déroulement sans aide devienne une épreuve d’évaluation. Cela a donné lieu à une discussion, au cours de laquelle ils ont réellement pris conscience du fait que les épreuves doivent se situer dans ce que l’élève ne sait pas encore faire, mais peut apprendre avec de l’aide. C’est exactement ce que Lev Vygotski appelle la zone proximale de développement. Ils se sont immédiatement dit que cela ne peut pas être une épreuve pour les CE1 car c’est facile pour eux. Ils ont eu plus de mal à accepter le fait que cela ne peut pas non plus être une épreuve pour les GS ; en effet, certains le tentent, mais y parviennent très rarement sans aide. Et cette épreuve, trop difficile pour cette tranche d’âge, pourrait les empêcher d’accéder à certaines ceintures d’évaluation. La conclusion a donc été que le fait de lire le déroulement pourrait être une épreuve pour les CP.

Barrer le déroulement

Un des métiers de la classe consiste à barrer le déroulement au fur et à mesure que les activités sont terminées. L’élève qui s’en charge est volontaire et garde ce métier pendant une semaine. Il est responsable de cette charge, il se doit d’y penser. Il sait que c’est un moyen pour chacun de se repérer dans la journée : on visualise ce qui a été fait et ce qui reste à faire. Je n’interviens aucunement. Si le responsable oublie de remplir sa tâche, ou se trompe, les autres élèves le lui indiquent en général, et il rectifie. Si ce n’est pas fait du tout, tant pis. Mais, dans la pratique, cela n’arrive que très peu. Le groupe classe se charge de rappeler les oublis.

Là encore, c’est un moyen de rendre les élèves acteurs de cette journée.

Peu à peu, au cours des années, les élèves ont mis en place des dispositifs de repérage permettant, plus finement encore, de savoir où on en est. Si, pour une raison quelconque, j’ai modifié l’ordre des activités, ils dessinent des flèches pour représenter ce changement

Si, par manque de temps ou à cause d’un événement imprévu, une activité a été supprimée, ils la mettent entre parenthèses. Ainsi, à la fin de la journée, on a une vision d’ensemble de ce qui a été fait, modifié, supprimé. Le retour sur cette journée, au cours du bilan, est d’autant plus précis.

La précision des horaires

La première année où j’ai pris en charge le cycle deux, j’écrivais le déroulement au tableau, mais pas les horaires. C’est une question que je ne m’étais absolument pas posée. Et, comme dans bien d’autres cas, ce sont les élèves qui ont fait évoluer ma pratique. Un jour, un enfant de CE1 a dit qu’il aimerait que les horaires de début d’activités soient précisés dans le déroulement, ce qui lui permettrait de savoir combien de temps il lui reste quand il fait un travail. J’ai trouvé cela intéressant et j’ai donc mis en place ces précisions horaires dès le lendemain.

Depuis, j’ai vu tout l’intérêt de cette précision. Cela permet aux élèves d’avoir une idée de l’heure, du temps qui passe, de l’heure qu’il est. Certains font du lien entre l’horloge à aiguilles et les horaires du type « neuf heures cinquante ». Ils réussissent quelquefois à visualiser une activité qui dure longtemps ou pas. Comme moi, ils veillent au respect scrupuleux des horaires. Cette précision nous oblige, eux et moi, à être dans les temps, et à respecter ce qui a été décidé lors de la préparation.

D’autre part, lorsqu’il s’agit de lire le déroulement, l’enfant, quel que soit son âge, est confronté à la lecture de grands nombres, comme 50 ou 45.

Les modifications

Les élèves connaissent à peu près l’emploi du temps hebdomadaire de la classe. Ils savent par exemple que la chorale de l’école se rassemble le mardi après-midi. Ils se réfèrent à cette connaissance lorsqu’ils découvrent le matin le déroulement de la journée. Si le moment « chorale » n’est pas écrit, ils posent forcément la question, et je me dois de leur expliquer les raisons de ce changement. Par exemple, c’est à cause de l’absence de la classe de cycle trois qui est en voyage scolaire, ou bien c’est parce qu’un intervenant vient exceptionnellement dans la classe pour une autre activité. Je suis convaincue qu’on peut bousculer un emploi du temps, à partir du moment où c’est expliqué et écrit. L’emploi du temps est un cadre de référence ; le déroulement de la journée s’appuie sur cet emploi du temps, bien sûr, mais peut s’en éloigner pour différentes raisons. L’important est que les élèves comprennent pourquoi.

Les repères pour l’élève

L’écriture du déroulement contribue à donner des repères à l’élève dans la classe. Il sait toujours ce qu’il a fait, ce qu’il est en train de faire et ce qu’il va faire. Il peut ainsi avoir une notion plus précise du temps qui passe. Il sait forcément si on est le matin ou l’après-midi, en début ou en fin de demi-journée, avant ou après la récréation… Il a également une idée plus précise de tout ce qu’il a appris. Il peut revenir sur la journée entière et en faire le bilan. Cette conscience fine de ce qui a été fait contribue aux apprentissages. L’élève réussit mieux à apprendre lorsqu’il sait qu’il a appris, et ce qu’il a appris.

L’anticipation

Grace à ce dispositif, les élèves sont capables d’anticiper les différentes activités et de les mettre en place, en utilisant un minimum de mots, et en ne perdant pas de temps. Par exemple, le matin, avant même de s’installer, s’ils voient que sur le tableau est écrit « Quoi de neuf », ils s’inscrivent s’ils le souhaitent. Au retour de la récréation, s’il est écrit « Ecriture », les responsables du matériel collectif distribuent les cahiers du jour immédiatement. Au moment du conseil de coopérative, les enfants installent le dispositif sans demander quoi que ce soit.

Cela ne m’empêche surtout pas de mettre en mots les différents moments de la journée, ce qui est absolument essentiel. Je dis par exemple : « La lecture est terminée. Nous passons maintenant à l’expression écrite. » Il est nécessaire de marquer les temps à l’oral, afin que chacun se repère, et que la vie de la classe soit mise en mots pour le collectif.

Les relations entre les différents cours

Dans cette classe à trois cours, la visualisation du déroulement de la journée permet de savoir ce que font les autres. Si je veux qu’il existe une véritable vie de classe, il faut que chaque cours ait conscience de ce qui se passe à côté. La présentation de la journée présente simultanément les activités des trois cours. Par exemple, si, à huit heures cinquante, les CP sont en lecture avec moi, pendant que les GS sont en accueil et les CE1 sur un exercice de conjugaison, voilà ce qui est écrit au tableau :

            8h50    Accueil / Lecture / Conjugaison

Des élèves parents de la classe

Comme je l’ai écrit plus haut, la connaissance du déroulement de la journée et la possibilité de l’influencer donnent du pouvoir aux élèves de la classe. Ce n’est pas le pouvoir de faire ce qu’on veut et qui mènerait au chaos, mais celui de décider ensemble de ce qui est bon pour le collectif. J’ai le sentiment qu’il s’agit là de ce que Jacques Lévine évoquait quand il parlait des élèves parents de la classe : ils font grandir leur classe comme on élève un enfant. Ils s’approprient leur classe comme leur propre enfant et ont le désir de la faire grandir. En faisant cela, c’est eux-mêmes qu’ils font grandir. Ils agissent pour la communauté parce que leur projet - comme le mien - est la croissance de chacun au sein du collectif.

 Corinne famelart