La présentation d'un livre

C’est un dispositif permettant aux élèves d’aimer les livres, de partager leurs lectures, de faire connaître des ouvrages personnels, peu vus dans la classe. L’idée est qu’un enfant, inscrit à l’avance, présente un livre à toute la classe, de la manière qu’il choisit. Tous peuvent présenter un livre ; il n’y a pas besoin d’être lecteur. Je pars du postulat que tous les élèves ont un contact avec le livre et peuvent en dire quelque chose, quel que soit leur âge.

L’emploi du temps

La présentation d’un livre est inscrite à l’emploi du temps. Il s’agit d’un moment de dix minutes, deux fois par semaine. Il m’est arrivé de la mettre tous les jours, lorsque j’avais beaucoup d’élèves, afin qu’ils puissent tous passer plusieurs fois dans l’année. Avec une classe de vingt, deux fois par semaine me semble une bonne périodicité. Il est important que ce moment soit officiel et régulier. Les élèves prennent des habitudes et considèrent ce moment avec autant d’importance que les mathématiques ou la découverte du monde. Le fait de programmer cette activité souvent permet à ceux qui n’osent pas de se lancer. Et ils voient différentes façons de faire.

Les inscriptions

Tout commence par les inscriptions. Les élèves sont réunis collectivement et je demande qui souhaitera présenter un livre au cours de la prochaine période. Les doigts se lèvent. Je note les noms des volontaires puis, par tirage au sort, j’attribue à chacun une date dans les semaines qui suivent. J’écris cela sur l’agenda de la classe et sur le calendrier mural. Ensuite, toujours collectivement, mais parfois à un autre moment de la semaine, je dis à chaque élève à quelle date il doit présenter son livre. C’est là un des aspects intéressants de la gestion de l’agenda. Chacun a une date différente à trouver et ils doivent la mémoriser et s’organiser. Je répète autant de fois que nécessaire. Au tableau est écrit « Présentation d’un livre ». Quand ils ont trouvé la bonne date, soit seuls, soit avec l’aide de leur tuteur ou la mienne, ils écrivent puis viennent me montrer. Je note, dans l’agenda de la classe, que l’enfant est inscrit pour ce jour-là, et qu’il l’a écrit dans son propre agenda. Après, je ne m’occupe plus de rien. Je ne rappelle pas aux enfants : « Attention, demain, tu présentes un livre ». Ils gèrent les choses seuls ou avec leurs parents. Parfois, ils sont inscrits pour une date très lointaine, jusqu’à deux mois plus tard. C’est à eux d’être prêts le jour J.

Le volontariat

Pour s’inscrire, il faut être volontaire. Cela me paraît essentiel au cycle deux. Au cycle trois, on peut l’imposer. Mais avec des enfants jeunes, pour lesquels le livre est encore un objet un peu inconnu, qui entrent doucement dans la lecture, à qui je tiens à donner le plaisir de lire et de raconter, je pense que l’inscription doit être un acte volontaire. Par conséquent, seuls ceux qui le désirent le font. J’écris qui l’a déjà fait, afin de savoir où ils en sont. Ceux qui ne s’inscrivent pas sont sollicités : « Es-tu sûr que tu ne veux pas présenter de livre ? » Si c’est un oubli, ils peuvent s’inscrire. Si c’est un refus catégorique, je n’insiste pas. Cependant, lors des entretiens avec les parents, le sujet est évoqué. Si un enfant persiste dans son refus de présenter un livre, nous en parlons à l’occasion d’une rencontre avec les parents, pour savoir si quelque chose se cache derrière ce refus : peur d’être devant les autres ? Impression qu’il faut maitriser pleinement la lecture pour pouvoir le faire ? Manque d’intérêt pour cette activité ? La discussion peut faire émerger des idées fausses, des craintes, et il est important que tout cela soit exprimé par l’enfant. Ainsi, je peux à la fois le rassurer, lui montrer ses erreurs et lui faire des propositions. Mais en aucun cas, je ne le force à présenter un livre.

Le déroulement

A l’heure dite, je m’assois parmi les élèves, laissant ma place, face au groupe classe, à l’enfant qui présente un livre. Je lui laisse la parole. Les deux seules consignes sont les suivantes : On annonce le titre du livre et on précise de quelle manière on va le présenter. Pour le reste, l’enfant gère sa présentation comme il l’a prévu. A quelques minutes de la fin du temps imparti, si ce n’est déjà fait, j’indique à l’élève qu’il va devoir s’arrêter. Il termine donc la page en cours, ou l’article commencé, ou la phrase lue, selon le livre et le type de présentation. Ensuite, l’enfant pose la question « Y a-t-il des commentaires ? » Les doigts se lèvent et il interroge qui il veut. Les réactions des élèves sont les suivantes : ils posent des questions du type « Quelle est ta page préférée ? », « Où as-tu trouvé ce livre ? », « Peux-tu le prêter à la classe ? », « Pourquoi aimes-tu ce livre ? ». Ils font aussi des commentaires sur la présentation elle-même : la qualité de la lecture, la clarté de la diction, l’intérêt du livre… Je peux également m’exprimer, au même titre que les élèves, si je le souhaite.

La non intervention de l’enseignant

En effet, je ne m’autorise pas d’intervention pendant cette présentation de livre, à l’exception des nécessités liées à la gestion de la classe. C’est l’élève qui présente le livre qui a la parole, le plus possible. Cela fait partie de ma conception de la prise de parole dans la classe : Moins on parle, plus ils s’expriment. Dans le cas présent, cela fonctionne très bien, et l’élève qui présente le livre dirige réellement la classe à ce moment-là. Les relations se font entre lui et la classe, et mon intervention serait inutile, voire gênante.

La place des non lecteurs

Dans une classe de cycle deux, il y a forcément de nombreux élèves qui, ne sachant pas lire, pourraient se sentir exclus de ces présentations de livre. Comme expliqué plus haut, il n’est pas nécessaire de savoir lire pour présenter un ouvrage, puisqu’il suffit simplement d’en parler, de le raconter, de montrer, d’expliquer. Le fait de lire est une des manières de présenter, mais il en existe bien d’autres. Et l’essentiel est que chaque élève se sente capable de le faire, quels que soient son âge, son cours et son niveau en lecture. L’important est l’alchimie qui se crée entre tous ces enfants, non-lecteurs, en cours d’apprentissage et lecteurs confirmés : ils s’apportent mutuellement des informations, ils montrent aux autres ce qu’ils sont déjà capables de faire, ils s’entraident. Il existe une réelle bienveillance entre eux. Ils peuvent être critiques, ce qui est nécessaire, mais veillent à ne pas blesser celui qui présente son livre. Ils valorisent ce qui est positif. Et un non-lecteur qui a très bien raconté un livre parce qu’il le connaît vraiment et l’apprécie, est aussi valorisé qu’un lecteur qui a lu un passage. Cependant, les termes sont essentiels : les élèves ne doivent pas confondre lire et raconter. Il ne faut pas donner l’illusion qu’un élève qui a bien raconté un libre connu par cœur l’a lu. Sinon, pourquoi aurait-il besoin d’apprendre ? Pour apprendre à lire, le non-lecteur doit d’abord accepter le fait qu’il ne sait pas lire.

La réunion de parents

J’explique assez longuement aux parents ce dispositif. En effet, il est nécessaire que les familles aident leurs enfants à préparer cette présentation d’un livre à la maison. Tout d’abord, il faut repérer la date prévue, afin d’aider son enfant à préparer suffisamment tôt. J’insiste auprès des parents sur les objectifs de cette activité (faire aimer les livres, partager ses lectures…). Je donne des pistes pour aider son enfant à présenter un livre. Tout d’abord, l’enfant doit choisir ce qu’il va présenter. Pour cela, il peut prendre un ouvrage dans la classe, à la maison, à la bibliothèque municipale… Ensuite, l’enfant doit bien connaître le livre : soit il le lit seul, soit on le lui lit, on le lui raconte. Enfin, il doit décider comment il va le présenter et, là encore, les parents peuvent l’aider en lui suggérant des idées, en le faisant s’entrainer, en l’aidant à mieux connaître le livre.

Les conséquences

Cette pratique étant mise en place depuis plusieurs années dans ma classe, le contact avec des livres très variés est habituel. J’observe qu’il est rarissime qu’un élève oublie de préparer quand c’est son tour. En général, ceux qui oublient sont les grandes sections, car eux et leurs parents n’ont pas encore l’habitude. Mais cela ne se produit qu’une fois. De manière générale, le contact avec les livres ne fait pas peur, les documents circulent, sont prêtés, échangés. Ce moment est pris au sérieux par les enfants comme par leurs parents, qui s’y investissent souvent beaucoup.

D’autre part, cela contribue à la prise d’assurance des élèves face au groupe-classe. Lorsque c’est leur tour, leur air sérieux et un peu inquiet montre l’importance qu’ils accordent à ce moment.

Corinne Famelart