L'agenda

Dans la classe, chaque élève possède un agenda. Et pas n’importe lequel : un véritable agenda, sur lequel toute l’année scolaire défile, avec de préférence une page par jour. Cela peut paraître plus compliqué, plus difficile à gérer qu’un cahier de textes, ou même qu’un simple cahier de devoirs. Et pourtant, cet outil est absolument formidable dans une classe de cycle deux.

Cela permet d’écrire les leçons, les lectures à la maison, et pas forcément pour le jour suivant. Les élèves de CE1 écrivent les leçons pour la semaine suivante. Ainsi, ils apprennent à anticiper, à s’organiser, à faire travailler leur mémoire à long terme. Ils n’apprennent jamais une leçon pour le lendemain, mais ils la voient un peu tous les jours, ce qui permet de la connaître assez facilement le jour venu. Cela permet également d’écrire qu’on est inscrit pour une présentation d’un livre dans un mois. Il n’y a aucune limite à tout ce que l’on peut noter pour ne pas l’oublier, même si c’est éloigné dans le temps.

Cela sert de cahier de liaison. Lorsque les parents souhaitent écrire un mot à l’enseignant, ils le font sur l’agenda et les élèves me le montrent. C’est très simple et cela évite de multiplier les outils. Je fais de même : lorsque je veux transmettre un message à un parent, ou à tous, je l’écris dans l’agenda, ou je fais coller un document photocopié.

Cela permet de se repérer dans le temps. Dans un agenda, on visualise le temps passé dans l’année scolaire et le temps qui reste à parcourir. Cela permet, même aux plus jeunes, de prendre conscience de tout ce qui a été fait, du travail qui a été accompli, des mois passés dans la classe. Et ainsi, ils réussissent plus facilement à se projeter dans l’avenir, à visualiser combien de temps il leur reste à passer dans ce cours. Ils prennent conscience du temps qui passe et ils commencent à se situer dans l’année scolaire.

Ce n’est pas plus difficile qu’un cahier de texte, et j’irai même jusqu’à penser que c’est plus facile. Cela semble plus logique, pour des enfants, d’écrire les devoirs au vrai jour, plutôt qu’à un lundi quelconque, dont on ne sait pas s’il se situe avant ou après le mardi qui suit.

On peut y écrire des éléments de sa vie privée, se l’approprier. J’encourage vivement les parents à aider leur enfant à utiliser l’agenda pour leur vie personnelle, comme le font les adultes. Je donne des exemples en réunion de parents, et ensuite ils osent le faire. Ils y écrivent, selon les besoins et les envies, les anniversaires des membres de la famille et des copains, les jours où ils mangent à la cantine, vont chez la nourrice ou au périscolaire, les départs en week-end… Et lorsqu’ils écrivent les leçons et que je vois ce type d’écrit, je ne manque pas de le rappeler à l’enfant : « Tiens, demain tu dors chez mamie. »

Les parents peuvent aider leur enfant à se repérer dans le temps, et je les y encourage. Il n’est pas facile pour un élève de cet âge de se retrouver dans les nombreuses pages de l’agenda. De nombreux parents déchirent chaque jour le coin de la page passée, puisque c’est faisable sur la plupart des modèles. D’autres réécrivent le jour ou le mois dans une écriture bien lisible. Certains barrent les jours sans école. Il existe de nombreux moyens d’aider son enfant à la maison.

Le tutorat est favorisé. Comme traité dans le chapitre concerné, chaque élève jeune a un tuteur plus âgé. L’aide du tuteur est bien souvent nécessaire lorsque tous les enfants doivent trouver une page dans l’agenda en même temps. La date recherchée n’est pas forcément la même pour tous les cours. L’aide est d’autant plus intéressante. Souvent, le tuteur montre au plus jeune comment il fait pour trouver la bonne page.

Grâce à l’agenda, les enfants peuvent percevoir la valeur de l’écrit. Ils comprennent que ce qui est écrit à l’intérieur est un message, et que ce message est fait pour être lu. Il est donc utile d’écrire correctement afin de pouvoir être relu. Il s’agit là d’un vecteur de communication entre l’enseignant et les parents, entre l’élève et les parents, entre l’élève et lui-même.

Comment les enfants se repèrent-ils dans l’agenda ? Pour moi, cela reste assez mystérieux, parce que les élèves utilisent des dispositifs qui leur sont propres, et que je ne maitrise pas forcément. Pour commencer, en général, ils ont recours au tutorat, expliqué plus haut. Ils utilisent également l’aide des parents. Mais ils ont aussi des repères personnels, repères parfois « mystérieux », et pas forcément efficaces : ils mettent un marque-page à la dernière page utilisée, ils recommencent du début à chaque fois (rare), ils regardent le jour avant le mois, ils tâtonnent au hasard… Quoi qu’il en soit, ils apprennent assez souvent à trouver la bonne date sans que je sache vraiment comment.

C’est une accession à l’autonomie, cela permet d’apprendre à s’organiser. Les parents sont informés, en réunion de rentrée, qu’il est bon que l’agenda soit ouvert chaque soir d’école. On regarde le jour suivant, mais aussi plus loin dans le temps pour anticiper, s’organiser. Peu à peu, les plus âgés s’habituent à ouvrir seuls leur agenda et à faire leur travail sans la présence des parents. Bien sûr, cela ne fonctionne pas avec tous, mais c’est ce vers quoi nous essayons de tendre, sachant que l’agenda continue d’être utilisé au cycle trois.

J’ai observé que, plus le temps passe et plus les enfants sont habitués à l’agenda, plus ils s’en servent pour ne pas oublier des choses, personnelles ou scolaires. Par exemple, si je demande aux enfants d’apporter une boîte à chaussures, et que nous n’en avons besoin que d’une seule dans la classe, je ne le fais pas écrire dans l’agenda. Mais, spontanément, quelques élèves l’écrivent afin de ne pas oublier. Lorsqu’un des élèves a déménagé en cours d’année, plusieurs m’ont demandé son adresse. Là encore, ils l’ont notée dans leur agenda. C’est un véritable aide-mémoire pour la plupart des élèves, comme ça l’est pour de nombreux adultes.

Cette année, j’ai mis en place l’agenda de la classe. J’y note les leçons, les choses à ne pas oublier, les événements à retenir. Les élèves me voient me servir de cet outil, comme eux, et cela leur montre que ce n’est pas un document à destination des enfants uniquement.

Corinne Famelart